Notre Vertu Inexorable à Oublier les Lâches, une pièce nécessaire

Notre Vertu Inexorable à Oublier les Lâches, une pièce nécessaire

Crédit photo : Emeric Gallego

Vous pouvez retrouver ce spectacle pour la dernière le dimanche 19 décembre à 20h00 au théâtre de la Croisée des Chemins.

«Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol ». Il est temps que la peur change de camp.

VIOL, c’est une pièce mise en scène par Amélie et Béatrice Hennes, qui dénonce l’impunité et la banalisation des violences faites aux femmes. La compagnie Les Attentives nous renvoie en pleine figure la si grande proportion des femmes abusées, violentées au quotidien en France et dans le monde. Des chiffres si glaçants qu’on a du mal à réaliser. Une pièce féminine, féministe, mais pas que…

Au plateau, six femmes avec leur histoire, et un homme. Un homme pour ne pas oublier qu’il y a toujours un proche, un ami, un frère, un amant, qui se retrouve parfois dans le rôle de témoin et d’aidant pour la victime. Car oui, dans cette pièce, on suit des victimes, mais des victimes pleines de force et d’espérance. Ces femmes nous racontent en musique, leurs histoires, ce qui leur est arrivé ou ce qu’il aurait pu leur arriver si une bonne personne n’était pas arrivée à temps. Un mot qui résonne dans nos cœurs : sororité. Une parole portée, un cri de désespoir qui nous traverse, nous spectateur, homme ou femme, et qui nous renvoit à notre propre fragilité.

Une mise en scène efficace, un code couleur esthétique, une ambiance sonore en direct et de la musique : un mélange subtil bien amené et très agréable. Des chants bien écrits, des comédien.nes sublimes et un message fondamental : voilà la recette d’un spectacle intelligent.

Il y a un signe dans ce spectacle, j’ai passé la pièce à me demander ce que cela pouvait être. J’ai eu une idée, et je me suis dit que non c’était impossible car trop fréquent… Et pourtant si, vous le découvrirez. Mais bravo pour ce petit message caché : très efficace, il aurait même pu être caché plus longtemps !

J’espère que VIOL se jouera dans des écoles, car c’est l’éducation et la transmission qui évite souvent beaucoup de souffrance.

Si près des profondeurs, une ode à la vie

Si près des profondeurs, une ode à la vie

Encore trois dates pour cette pépite au Lavoir Moderne Parisien à 19h00 !

 

Camille Davin met en scène trois personnages d’une sincérité touchante.
Notre belle déesse des eaux interprétée par Fernanda Barth, un marin en pleine reconversion professionnelle joué par Mathieu Saccucci et enfin notre jeune soudanais interprété avec finesse par Alexandre Prince.

Ces trois personnages qui n’étaient d’apparence pas du tout amenés à se rencontrer, se retrouvent avec leurs destins liés dans une ronde aquatique. Comment quitter la mer qui vous arrache à votre famille pour trouver un métier sécurisant ? Comment retourner dans son pays en guerre après avoir tellement lutté pour arriver en France ? Qui choisir de sauver, d’épargner, ou de laisser sombrer dans les abysses ? Un trio accompagné par le percussionniste Léo Flank qui rythme en direct les tableaux où notre déesse Brésilienne prend la parole.

Le texte a été écrit à partir d’interviews de marins en Bretagne, mais également de témoignages de migrants. On entend pendant la pièce quelques bribes de leurs récits, déchirants de véracité. Cette parole donne encore plus de puissance à ce texte déjà plein de questionnements. J’ai trouvé la mise en scène très belle, avec une déesse marine directement émergée des mythes marins les plus spectaculaires. Une robe d’eau, mouvante et suave, nous enivre et nous ensorcelle dans les bras de cette divinité. Je suis d’ailleurs restée un long moment dans une sorte de flottement suite à cette scène, littéralement happée par la magie de l’instant.

Au bout d’une heure, les lumières s’éteignent, les personnages sont là dans la pénombre, et je vous promets qu’on a aucune envie d’applaudir tellement on s’accroche à l’espoir que le spectacle ne soit pas terminé. Mais si, nos trois anti-héros nous quittent vers trois chemins différents et pourtant si semblables.

Un très beau moment de poésie contemporaine, sur des sujets puissants autour de l’immigration, l’industrialisation de la marine, le suicide, l’amour et la foi. Pour tous les âges je recommande chaudement. Il ne reste plus que trois dates alors foncez au Lavoir Moderne, qui encore une fois, nous propose une programmation de qualité.

Loomie et les robots, une poésie qui démange les boulons

Loomie et les robots, une poésie qui démange les boulons

Crédit photo : Pedro Lombardi

Découvrez ce jeune public jusqu’au 30 décembre 2021 au Funambule Montmartre.

Loomie, c’est une adolescente de 17 ans en passe de devenir adulte. Orpheline, elle est élevée par une intelligence artificielle dite “papa” et cinq robots. Un conte initiatique où on verra Loomie grandir, puis découvrir qu’en dehors de son bunker il y a de la vie…

Barbara Lambert, seule en scène mais pas tout à fait…
Les cinq robots qui l’accompagnent sont dirigés en direct de main de maître par Louis Hanoteau. Un véritable artiste qui a donné vie à ces touchants personnages qui réagissent à notre pétillante comédienne.

Derrière chaque robot se cache une voix belle et bien humaine : dans le rôle de “Papa”, l’intelligence artificielle nous retrouvons Bruno Noury, dans le rôle de “Mac Dyson” l’ami espiègle : Julien Portugais, “Bobodoc” le médecin de famille : Hadrien Berthaut, “Croc” la cheffe de la cuisine : Camille Rougier, et sans oublier “Glouglou” sans qui Loomie ne pourrait boire ses chocolats chauds : Benoît Laubier.

Dans l’aventure, notre héroïne découvrira peut-être qu’elle n’est pas la dernière humaine sur cette planète. Un message lui est laissé par Bryan, un intriguant terrien interprété par Maxime Savary.
Une mise en scène signée Benjamin Castaneda, qui épaulé de Louis Hanoteau rendent ces sept personnages plus vrais que nature.

J’ai beaucoup apprécié ce jeune public qui fourmille de références qui feront sourire les parents ! J’ai eu l’impression de rencontrer C3PO et R2D2 en plein milieu d’un théâtre parisien. Dans un monde où la robotisation est de plus en plus présente, nos enfants seront confrontés à une virtualisation de la vie. Un joli contraste entre ces deux réalités : quand le spectacle vivant rencontre la robotique, il n’y a pas de court-circuit mais des étincelles ! Je découvrais pour la première fois Barbara Lambert que j’ai trouvé d’une justesse touchante.

Une véritable guerrière du futur avec un casque de réalité virtuelle sur le nez, Loomie arrivera-t-elle à couper le câble du cocon familial ? Cette histoire qui sensibilise sur tant de choses et qui aborde beaucoup de thèmes amènera forcément des questionnements pour les petits et les grands. Un immense bravo pour ce travail avec les robots ! Cette pièce n’a rien à envier aux grosses productions Hollywodiennes, car même au cœur du théâtre, j’ai voyagé dans un autre monde.

L’homme qui plantait des arbres, quand Giono reprend vie en Avignon

L’homme qui plantait des arbres, quand Giono reprend vie en Avignon

Découvrez cette pièce tous les jours à 15h50 et 17h50 à l’atelier 44. 

Je ne connaissais pas cette œuvre de Jean Giono, et je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer une seconde ! Un comédien sur scène, trois musiciens et un thème central : la nature.

Véritable ode à l’écologie, à la nature sauvage et indomptable, Giono donne à rêver qu’à l’instar d’Elzéar Bouffier, nous sommes tous des bâtisseurs du futur : des planteurs de vie.

Je n’arrive pas tellement à déterminer ce qui prédominait : le texte ou la musique. Je pense que cette pièce est une belle harmonie entre deux paroles : les notes et les mots qui s’entrelacent pour rendre compte d’un texte puissant.

Laurent Chouteau, le comédien, est touchant d’authenticité. Un jeu simple et épuré, sans effet, m’a permis de découvrir le texte sans me soucier du jeu. Entre Ravel, Beethoven et Schubert, j’ai été plongée en pleine forêt, au cœur de la verdure. Le récit d’un homme seul, avec ses arbres.

Thème prédominant chez Giono que la solitude, j’ai trouvé le parallèle entre l’énergie de la musique et l’ennui qui prédomine souvent dans les personnages de cet auteur. Il dépeint avec tant de force les campagnes, les paysages et surtout la place de l’Homme parmi la nature, que de le transposer au théâtre est un pari risqué.

Avec François Bernard, chef d’orchestre et responsable musique et jeune public à l’Opéra de Saint Etienne, les trois musiciens sont sublimés. On retrouvera Denis Kracht-Noël au marimba, Sven Riondet à l’accordéon et Damien Schulteiss à la clarinette. Trois passionnés qui donnent de la couleur à cette pièce.

A découvrir en famille, entre amis ou seul c’est bien aussi !

La Victoire en chantant, un devoir de mémoire musical

La Victoire en chantant, un devoir de mémoire musical

Crédit photo : Matthieu Camille Colin

Retrouvez ce spectacle musical tous les jours au Théâtre Notre Dame à 15h00.

La Victoire en Chantant, 1940, c’est un retour sur la seconde guerre mondiale à travers des chants populaires et des textes célèbres.

De Louis Aragon à Marcel Aymé en passant par Paul Eluard, 8 comédiens chantent l’oppression et la liberté.

Un devoir de mémoire poétique et brillamment abordé par Raymond Acquaviva le metteur en scène. Accompagnés par un.e accordéoniste, les comédiens retracent la résistance, l’occupation, les bombardements et le renouveau. Un espoir croissant tout au long de la pièce, qui naît de quelques notes de musique. La victoire en chantant est très intéressante dans sa construction, très colorée malgré la noirceur d’une époque macabre. On y découvre des personnages attachants, drôles, mais meurtris au plus profond de leurs êtres. Des civils endoloris par les pertes, le rationnement, mais un peuple français qui chante sa volonté de s’en sortir. 

Une mise en scène chorégraphiée au millimètre, un décor épuré laissant place à de superbes costumes.


Des voix au service de chants mémorables comme Le chant des partisans ou encore Cabaret Paris qui portent le spectateur en lui faisant presque oublier l’horreur de la guerre.
Des comédiens aussi bons chanteurs que danseurs, vous pourrez retrouver sur scène Pierre Boulben, Louise Corcelette, Benoît Facerias, Philippine Martinot, Quentin Morant, Fabio Riche, Lani Sogoyou et la splendide Josephine Thoby. L’énergie de ces jeunes comédien.nes est contagieuse !

Le plus du spectacle : le choix d’une programmation en diptyque. Les jours impairs vous pourrez parcourir la première guerre et les jours pairs la seconde.

Un bon moyen pour les jeunes et moins jeunes de re-découvrir de sublimes textes portés par des comédiens engagés et pétillants.