Le manuel de la jeune mariée dix neuf cent cinquante sept, le féminisme en robe blanche

Le manuel de la jeune mariée dix neuf cent cinquante sept, le féminisme en robe blanche

Crédit photo : Stéphane Kerrad

Une pièce à partir de 10 ans, au théâtre Actuel jusqu’au 25 juillet 2026.

On découvre cinq jeunes femmes sur le point d’accéder au Saint Graal de l’époque : le mariage. A travers leurs histoires, elles nous expliquent les bonnes manières et surtout les us et coutumes de 1957. Accompagnée d’un piano live, cette pièce chantée et parlée est délicieuse. On plonge avec bonheur dans ce témoignage poignant d’une vie passée pas si lointaine, qui remet en perspective nos avancées. La metteuse en scène nous indique d’ailleurs en début de pièce que tout est rigoureusement historique.

Virginie Lemoine met en scène avec aisance ces cinq comédiennes bourrées de talent. La musique live est un vrai plus dans la narration et permet de donner du rythme à l’histoire. Aussi touchantes les unes que les autres, le spectateur les accompagne dans cette préparation au mariage, et les voit se muer en parfaites ménagères. Le manuel est plus que complet et les protagonistes le chérissent comme leur livre de chevet.

Il explique de nombreux b.a-ba de la vie parfaite d’une future mariée : comment choisir sa viande chez le boucher, ses ustensiles et appareils électriques, comment s’adresser à son mari pour négocier le budget ou encore éviter d’exprimer ses opinions.

Des préceptes qui nous paraissent aujourd’hui ahurissants, mais qui sont malheureusement valables dans beaucoup d’autres cultures encore aujourd’hui.

“(La future mariée) doit impérativement se forger une très haute idée de ses responsabilités de ménagère et faire preuve d’une grande force morale et d’une belle abnégation en se contentant de subir les petites contrariétés du quotidien un silence recueilli.”

Un bel hommage à nos mères et nos grands mères qui nous ont précédés, et qui ont tant fait pour nous. Alors merci à celles et ceux qui se sont battus pour les droits des femmes. Mais n’oublions pas que ces droits acquis sont précieux, et qu’ils ne semblent pas partout immuables. La vigilance est de mise pour les garder intactes.



Une pièce de Virginie Lemoine.

Chorégraphie de Sharon Sultan. Au piano Stéphane Corbin
Avec Nouritza Emmanuelian Mathilde Moulinat 

Stéphane Corbin Florence Coste Cloé Horry Valérie Zaccomer

Y’a de la joie, un seul en scène lumineux

Y’a de la joie, un seul en scène lumineux

Crédit photo : Stéphane Kerrad

Une pièce à partir de 10 ans, au théâtre Les Lucioles jusqu’au 25 juillet 2026.


Y’a de la joie, un seul en scène lumineux.

Les douze coups de minuit sonnent le 31 décembre : c’est l’heure des bonnes résolutions. Celle de Michaël Hirsch sera d’apprendre la joie de vivre. Il nous confie dans son spectacle, son monde intérieur. Il nous partage ses états d’âme, avec sarcasme et humour noir pour notre plus grand bonheur. Un an pour s’essayer à la joie, entre recherches philosophiques et psychologiques, ce n’est pas une mince affaire ! Après tout, est-on vraiment responsable de son propre bonheur ?

Avec presque rien, on voyage dans ce palais mental. Jeux de lumières, déplacements de décor : des petits riens qui font déjà beaucoup. Grâce à ce spectacle on découvre de grands concepts, on apprend comment orbiculer, à s’en foutre sans culpabiliser, qu’il existe trois types de larmes, à vivre en pleine conscience et dix neuf sourires différents !

Avec espoir et fragilité, ce anti-héros fait de belles rencontres sur son chemin en quête du Bonheur.

Merci pour cette aisance et surtout cette humilité, qui fait qu’on s’attache à ce personnage. Tout le monde peut se retrouver en lui, et c’est un régal

Au détour d’un bar ou d’une salle de psychothérapie, on croise Fabrice Luchini (que le comédien tient avec une excellence bluffante) et Edouard “Bière”. Son talent d’imitateur est jubilatoire.

J’ai énormément appris grâce à Michaël Hirsch, et je me suis empressée d’acheter son livre pour avoir accès à “La petite bibliothèque de la joie de vivre”. J’ai d’ailleurs commencé mon petit carnet (pas de spoiler, vous verrez bien dans la pièce !). Si vous n’aviez qu’une pièce à voir, pour vous redonner du baume au cœur, ne cherchez plus. Vous n’êtes pas à Avignon ? Pas de panique, le spectacle revient à Paris au Théâtre de l’Oeuvre à partir du 20 octobre 2026. Le mot de la fin : “rien à redire”.

De Michaël Hirsch avec Michaël Hirsch

Bigre, quand trois égarés se lient d’amitié.

Bigre, quand trois égarés se lient d’amitié.

Crédit photo : Pascal Perennec

Une pièce à partir de 10 ans, à La Scala Provence jusqu’au 25 juillet 2026.

Bigre, qui reçoit en 2017 le Molière de la Comédie, c’est l’histoire de trois personnages tous plus loufoques les uns que les autres, qui habitent sur le même palier.

On a tout d’abord le trentenaire hyper maniaque, voisin d’un ermite hippie qui dort paisiblement dans son hamac : un étage tranquille. Lorsqu’arrive la troisième habitante, cet équilibre précaire est perturbé. La bimbo fait son entrée, pour le plus grand plaisir de ces messieurs.

Arriveront-ils à ne pas rater cette cohabitation ? Car oui, ces trois personnages ratent tout, et arrivent même à se rater entre eux.

Après “Les gros patinent bien” Pierre Guillois s’illustre encore une fois avec une comédie burlesque étonnante : le spectateur en prend plein la vue. Le décor signé Laura Léonard est tout simplement bluffant. L’étage de cet immeuble parisien se dessine sous nos yeux, et chaque détail est soigné. Personnage à part entière, il se transforme, prend feu, et valdingue pour notre plus grand plaisir. Chef d’œuvre d’ingéniosité, il permet à ces trois anti-héros de moduler leurs histoires au rythme des saisons. Une véritable maison de poupées !

Un grand bravo à ce trio de comédien.nes/ auteur.ices qui signe un style unique, ubuesque. On rit, beaucoup, on s’attendrit aussi, devant leur rencontre.

Trois histoires de vie qui se mêlent, au détour de portes et de paillassons. Trois solitudes, trois mondes aux antipodes finissent par s’aimer, s’écouter et se soutenir. Un pas après l’autre, comme une danse à trois. Le comique de répétition est utilisé avec finesse, le rythme est parfait : rien à dire, on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Cette création n’en est pas à son coup d’essai car elle comptabilise plus de 542 représentations, et réunit près de 230 000 spectateurs dans 150 villes.

Une pièce (presque) sans parole, qui saura vous ravir. Besoin d’une pause mentale ? Filez voir Bigre, vous ne regretterez pas !

TW : pièce non recommandée pour les hématophes, et les émétophobes.


De Pierre Guillois, Agathe L’huillier, Olivier Martin-Salvan
Avec Pierre Guillois en alternance avec Bruno Fleury 

Agathe L’Huillier en alternance avec Éléonore Auzou-Connes ou Anne Cressent Jonathan Pinto-Rocha en alternance avec Pierre Delage