KAIRÓS, La poétique du mouvement.

KAIRÓS, La poétique du mouvement.

Crédit photo : E-djipal Photo

Une pièce à partir de 3 ans, au théâtre Golovine jusqu’au 24 juillet 2026.

Kairos c’est l’histoire d’une rencontre. Une rencontre entre deux femmes, deux âmes, deux corps. Une amitié qui naît sous nos yeux. L’histoire d’une place à prendre et d’une place à trouver dans une nouvelle vie de cohabitation. “Kairos” καιρός est un concept philosophique grec antique qui allie la destinée (aiôn) au temps (chronos) et forme le bon acte au bon moment. Un moment suspendu où le cœur s’arrête, où la vie est à son paroxysme.

Au début il y a l’attente, les personnalités qui se jaugent, se toisent et s’apprivoisent. Les corps, d’abord tranquilles, puis pulsants, respirants, sautillants se découvrent et se suivent en harmonie. Il y a un énorme travail sur la symétrie, l’asymétrie, la contraction et la décontraction, qui demande une belle écoute.

Ce que j’aime dans ce type de création circassienne, c’est la proximité avec le public. On entend les respirations, on saisit le moindre tremblement, la moindre oscillation et c’est merveilleux. Le spectacle vivant prend tout son sens à quelques mètres de nous.

Un grand bravo pour la création lumière, qui habille les deux danseuses de magnifiques couleurs et d’ombres. Sans parole, le récit théâtralisé et dansé est assez clair. On peut y voir plusieurs messages, ce qui laisse aux spectateurs le loisir de multiples interprétations.

La Compagnie Fika est créée par Charline Nolin et Maria Pinho, toutes deux issues du cirque contemporain. Maria est formée à l’école du cirque Chapitô à Lisbonne, et Charline débute le cirque tardivement à 18 ans à l’école du cirque de Lyon. Entre hip hop, krump et acrobaties : on découvre l’acrodanse comme langage narratif .

Un spectacle doux et énergique, à voir quel que soit votre âge ! Le duo sera de retour dès le 30 juillet à Auch, puis au Festival Pirineuse Danza en Espagne.

Le Tartuffe ou l’Imposteur, la sublimation de Molière.

Le Tartuffe ou l’Imposteur, la sublimation de Molière.

Crédit photo : Vahid Amanpour

Une pièce à partir de 14 ans, à La Scala Provence jusqu’au 25 juillet 2026.

Molière écrit trois versions successives du Tartuffe, la première Le Tartuffe ou l’Hypocrite, en 1664, interdite par l’archevêché, la deuxième Le Tartuffe ou l’Imposteur, en 1667 interdite à son tour, et enfin la dernière version qui connaît un grand succès.

Nous avons pu voir la version de 1667, pièce de cinq actes en vers. On y rencontre une famille quelque peu atypique, où Orgon, le père un peu zélé, prend sous son aile Tartuffe dont la fausse dévotion fait illusion. Orgon se fait mener par le bout du nez par ce vil personnage qui ne cherche qu’à le ruiner, courtiser sa femme Elmire, et à annuler les fiançailles sa fille et Valère. Heureusement que toute la maison n’a pas été bernée par ce faquin.

Comme dans beaucoup de pièces de Molière, les servants apportent une dynamique incroyable à la pièce, et sont plus sages que leurs maîtres. Dorine qui voit clair dans le jeu de Tartuffe, réussit petit à petit à échafauder un plan pour démasquer le traître.

A la fin de la pièce, la figure du Roi intervient comme incarnation de l’exécution de la justice.

Cette adaptation brillante de la pièce en bifrontale est portée par le Nouveau Théâtre Populaire. Née en 2009, cette troupe joue dans un jardin du Maine-et-Loire à Fontaine-Guérin. Ils portent la décentralisation du théâtre et créent un manifeste très poétique de neuf principes qui guident le fonctionnement de leur collectif.

Ce manifeste est récité en chaque début de pièce. Cette troupe lutte pour l’accessibilité au théâtre pour toutes et tous, en proposant des tarifs le plus bas possible. C’est en 2020 qu’ils décident pour la première fois de monter une création destinée à sortir du jardin avec la trilogie de pièces de Molière : Le Ciel, la Nuit et la Fête.

J’ai tout simplement adoré cette revisite du Tartuffe. Une mise en scène très efficace, avec peu de décors. Deux portes, l’entrée et la sortie du récit, qui se regardent, qui s’interrogent sur un début et une fin. Elles sont tantôt complices d’espionnage, tantôt porteuses de mauvaises nouvelles. Un immense bravo aux comédiens pour leur précision de jeu. Clin d’œil particulier à Elsa Grzeszczak, la puissante Dorine pour sa présence subjugante. Tout est là : le vers affuté, la brillante mise en espace, les costumes magnifiques de simplicité, l’humour et la finesse du jeu. Un grand bravo à cette troupe unie, percutante et belle, qui nous donne une sacrée leçon de théâtre.

LE spectacle à ne surtout pas manquer !

 

Morgane CALMES

Papy Quichotte, la grande quête des sentiments purs.

Papy Quichotte, la grande quête des sentiments purs.

Crédit photo : Liza Miri

Une pièce à partir de 7 ans, au Théâtre Paris Villette, à découvrir à partir du 20 février jusqu’au 8 mars.

Dans cette famille un peu loufoque, on découvre qu’entre le langage du chat et celui de l’oiseau, il n’y qu’un chant qui les sépare. Celui d’une mère qui essaye de cimenter ce lien brisé entre un père en perte de lucidité, et son fils sourd aux appels de ceux qu’il aime.

Au milieu de tout ça il y a Sacha, petite fille qui observe le monde depuis son terrier, engoncée dans des principes étriqués dont elle rêve de s’émanciper. Une folie douce s’installe dans cette maison, pour garder papy dont la mémoire flanche, une n’y a qu’une solution : entrer dans son jeu, et croire à son tour que les moulins à vent sont des géants. Sacha donnerait tout pour se sortir de ses difficultés, entre dyslexie et harcèlement, et ce papy lui, qui ne veut pas quitter les siens : les deux âmes se lient alors, pour s’élever ensemble, et voyager à travers d’autres mondes.

« La santé de l’imagination compte plus que tous les bienfaits de la Terre. »

Le travail d’Elisa GRANAT, autrice et metteuse-en-scène, allié à celui de Laure GRISINGER, donne place à une pièce intergénérationnelle, où se mêlent imaginaire et dure réalité de la maladie : comment rendre le quotidien plus doux, quand l’enfance se retrouve confrontée à la dégénérescence du corps et de l’esprit ?

James BRANDILY construit une scénographie extraordinaire, où la maison devient un personnage à part entière de l’intrigue. Je me suis laissée surprendre plus d’une fois pendant la pièce, et ai été transportée dans différents mondes, plein de monstres, de magie et d’enchantement. Et pourtant, on ne cherche a berner personne : les changements sont pour la plupart à vue, le travail de la marionnettiste est remarquable et vient se mêler au jeu des comédiens, elle prend part à la vie de la famille et joue aussi son rôle. Dans cette pièce, rien n’est laissé au hasard : les espaces évoluent par de simples jeux de rideaux, l’univers de Sacha, est ingénieusement imaginé sous un praticable.

Une scénographie optimisée, claire, sans chichi et pourtant plus vivante que jamais : chapeau.

Papy Quichotte nous parle à toutes et tous du temps qui passe et qu’on décide de prendre ou non avec ceux ses proches, de la manière dont on prend soin de nos aînés, des mots qu’on écrit et qu’on dit, de leur portée, de ces vies parallèles qui pourraient enfin se croiser. C’est une ode au rêve, à l’esprit de famille, à l’amour et aux petits moments joyeux qui viennent faire un pied de nez aux grandes actions tristes qu’on écrira dans les livres d’Histoire.

Merci à toute l’équipe de la Compagnie Tout un ciel, de rassembler les générations et les publics, et de guérir par le théâtre. Une pièce à voir à tout âge, qui servira sans aucun doute à ouvrir la discussion sur des sujets complexes.

Morgane CALMES