Léviathan, le cri du ventre.

Léviathan, le cri du ventre.

Crédit photo : Emilie Bouyssou

Les jours impairs à 14h50 au Théâtre Artéphile.

A deux voix, Léviathan projette, et projette fort ! Ce texte porté sans tabou nous parle crûment de viols et de violences. Cassandre, fille de Priam et d’Hécube, se fait porte parole de cette déchirure intérieure. Elle nous parle des guerres, de La Guerre. Une guerre interne entre silence et chaos, quand la gorge ne laisse pas sortir le venin de la haine. Cassandre nous parle à nous spectateurs, à “Toi qui a vécu la guerre à l’intérieur de ton corps. Toi qui a dû reconstruire.” Accompagnée de musique et de chant, c’est avec onirisme qu’on se sent percuté de plein fouet par l’horreur de la haine.

Gwendoline DESTREMAU s’illustre encore une fois avec un magnifique texte poignant de vérité. Clara KOSKAS interprète avec brio ce rôle sanglant de témoin. On voit son corps se transformer sous nos yeux tantôt en un amas fragile d’os et de chair, tantôt en une puissance quasi animale. Ariane ISSARTEL au violoncelle perce et transperce la scène de notes harmonieuses et grinçantes. Sa musique et sa voix nous caressent et nous portent au-delà des frontières du réel, dans un rêve sous marin où chacun peine à respirer. Car en effet ce texte est si percutant que le cœur du spectateur est mis à rude épreuve. Une performance théâtrale et musicale qui fait frémir nos âmes dans un brasier de mots.

“Il n’y a rien à voler au fond de nos ventres”.

Cette pièce lyrique à le mérite de porter un message clair : la violence n’est acceptable que si on se tait. Tout réside en effet dans la parole ou le non-dit, dans la peur ou le courage, dans la résolution de la violence par la violence. “Laissons sortir de nous les chiennes enragées” : une supplication lourde de sens quand le travail de guérison passe notamment par la parole. Lorsqu’un “non” n’ose pas être dit à temps, alors le “non” prend une toute autre place au tréfonds des corps ravagés.

La création lumière de Titiane BARTHEL est un véritable travail d’orfèvre qui sublime les corps et donne vie aux esprits. Un grand bravo pour cette mise en lumière de la fragilité et de l’intensité au féminin.

Nullement besoin d’être devin pour prédire une longue vie à cette œuvre. Une véritable satire contemporaine qui, à travers le mythe de Cassandre, nous questionne sur la notion de reconstruction, de pardon, d’écoute et d’empathie. Si la vie est une croyance, alors croyons en un monde de paix où le sexe n’a pas à être une violente notion de pouvoir.

TW : violences sexuelles abordées

                                                                                                                                             Morgane CALMES