Rêves
Crédit photo : Peter Laing
Lorsque le Cirque Inshi nous offre une parenthèse enchantée à La Scala.
Depuis 2022, le Cirque ukrainien Inshi est en exil en France. Avec leur nouveau spectacle Rêves, cette compagnie circassienne avec leurs sept jeunes artistes issus de l’école nationale de cirque de Kiev, nous propose un spectacle mêlant danse et agrès multiples, autour de la question de la résistance et de l’envie de vivre. On découvre avec émerveillement ce combat au plateau entre mélancolie du passé et rêve de vivre envers et contre tout, sur les musiques de Chopin, Debussy, Saint-Saëns, Vivaldi ou encore Ravel. Vivre pour faire perdurer la mémoire, exister malgré les souffrances d’un peuple épuisé.
Roman KHAFIZOV opte pour un heureux mélange entre scènes collectives et solos. Cette longue cohorte qui essaye de s’émanciper, de sortir de ce silence et cet asservissement perpétuel : ils luttent pour la vie. Il transmet aux artistes sa passion pour la danse et il les forme, pour qu’ils puissent adapter leurs numéros de sortie d’école et en faire une nouvelle création. Ce nouvel apprentissage a demandé une grande exigence et l’aide de Mykhailo MAKAROV, chorégraphe de la troupe. Malgré les difficultés administratives des visas, les déperdissions au sein de la troupe pour raisons familiales ou encore les départs pour le front, le Cirque Inshi résiste et nous montre avec fierté le savoir-faire des virtuoses ukrainiens.
Le metteur en scène confit lors d’une interview : « (…) comme je vous l’ai dit, nous sommes vivants, et déterminés à en profiter pour véhiculer notre message de paix, d’amour, de joie. ».
Cinq hommes et deux femmes jonglent entre plusieurs disciplines comme la corde, le jonglage, les cerceaux ou encore le clown. Cette vague de vie, interroge les artistes au plateau et le public : quel est ton rêve ? Les horizons que les circassiens nous ouvrent sont nombreux : la perte est au cœur de cette question onirique. Celle de l’enfance et de son insouciance, celle des souvenirs, de la liberté et de l’amour.
J’ai été saisie par la lenteur et la beauté des gestes de cette troupe. Une persistance et une persévérance à se relever, encore et encore après la chute et la douleur : un message de pugnacité et d’émancipation, celui de l’espoir de la fin d’un conflit qui a trop duré. L’aspiration à la perfection du cirque, sans surenchère : la discipline à l’état pur à la recherche d’un accueil, d’une maison, celui de la scène. Car sur la scène de La Scala, ces artistes étaient libres et incarnaient la vie.
Une image de fin sublimée par une musique lyrique du groupe ukrainien La Tierce de Picardie. Ce tableau m’a évidemment beaucoup émue. « Plyve kacha po Tysyni » est un chant funèbre d’une tristesse infinie, devenu le symbole de l’adieu aux héros tombés pour l’Ukraine. Lorsque les jeunes s’approchent de nous, sur des applaudissements qui tardent à venir, laissant place à toute l’émotion dans la salle, ils déploient leur drapeau, emprunts d’une certaine tristesse. La dure réalité nous revient en pleine figure après plus d’une heure suspendue dans le temps. Le combat n’est pas terminé, et notre fragile liberté est à défendre chaque jour. Merci à eux, pour ce courage et cette force. Un spectacle à voir absolument !