Crédit photo : Liza Miri
Une pièce à partir de 7 ans, au Théâtre Paris Villette, à découvrir à partir du 20 février jusqu’au 8 mars.
Dans cette famille un peu loufoque, on découvre qu’entre le langage du chat et celui de l’oiseau, il n’y qu’un chant qui les sépare. Celui d’une mère qui essaye de cimenter ce lien brisé entre un père en perte de lucidité, et son fils sourd aux appels de ceux qu’il aime.
Au milieu de tout ça il y a Sacha, petite fille qui observe le monde depuis son terrier, engoncée dans des principes étriqués dont elle rêve de s’émanciper. Une folie douce s’installe dans cette maison, pour garder papy dont la mémoire flanche, une n’y a qu’une solution : entrer dans son jeu, et croire à son tour que les moulins à vent sont des géants. Sacha donnerait tout pour se sortir de ses difficultés, entre dyslexie et harcèlement, et ce papy lui, qui ne veut pas quitter les siens : les deux âmes se lient alors, pour s’élever ensemble, et voyager à travers d’autres mondes.
« La santé de l’imagination compte plus que tous les bienfaits de la Terre. »
Le travail d’Elisa GRANAT, autrice et metteuse-en-scène, allié à celui de Laure GRISINGER, donne place à une pièce intergénérationnelle, où se mêlent imaginaire et dure réalité de la maladie : comment rendre le quotidien plus doux, quand l’enfance se retrouve confrontée à la dégénérescence du corps et de l’esprit ?
James BRANDILY construit une scénographie extraordinaire, où la maison devient un personnage à part entière de l’intrigue. Je me suis laissée surprendre plus d’une fois pendant la pièce, et ai été transportée dans différents mondes, plein de monstres, de magie et d’enchantement. Et pourtant, on ne cherche a berner personne : les changements sont pour la plupart à vue, le travail de la marionnettiste est remarquable et vient se mêler au jeu des comédiens, elle prend part à la vie de la famille et joue aussi son rôle. Dans cette pièce, rien n’est laissé au hasard : les espaces évoluent par de simples jeux de rideaux, l’univers de Sacha, est ingénieusement imaginé sous un praticable.
Une scénographie optimisée, claire, sans chichi et pourtant plus vivante que jamais : chapeau.
Papy Quichotte nous parle à toutes et tous du temps qui passe et qu’on décide de prendre ou non avec ceux ses proches, de la manière dont on prend soin de nos aînés, des mots qu’on écrit et qu’on dit, de leur portée, de ces vies parallèles qui pourraient enfin se croiser. C’est une ode au rêve, à l’esprit de famille, à l’amour et aux petits moments joyeux qui viennent faire un pied de nez aux grandes actions tristes qu’on écrira dans les livres d’Histoire.
Merci à toute l’équipe de la Compagnie Tout un ciel, de rassembler les générations et les publics, et de guérir par le théâtre. Une pièce à voir à tout âge, qui servira sans aucun doute à ouvrir la discussion sur des sujets complexes.
Morgane CALMES