Fraise et Mouton : quand l’amitié fait toucher les étoiles. 

Fraise et Mouton : quand l’amitié fait toucher les étoiles. 

Crédit photo : Anthony Poisson

Tous les mercredis et dimanches à 14h00 à la Comédie Saint Michel jusqu’au 5 janvier 2026.

C’est l’histoire d’une Fraise qui rêvait d’être footballeuse et d’un Mouton qui voulait être une étoile. On rencontre ces deux touchants personnages au rythme de chansons et de beatboxing. L’intrépide Fraise ne fera pas comme les autres : elle aussi a le droit de jouer au foot ! Quant à Mouton, son rêve est de briller là-haut, veiller sur la Terre en étant une étoile.

Mais le Berger est là pour remettre tout le monde dans le droit chemin. Cette figure parentale, figure d’autorité, ponctura l’aventure de nos deux protagonistes. Après une rencontre surprenante, les deux caractères opposés vont s’aider à réaliser leurs rêves et devenir amis.

Gayane STURLESE et Ambre FLORENS-LENTINI co-mettent en scène cette pièce jeune public de 45 minutes, qu’on ne voit pas passer ! Une scénographie épurée au service d’une histoire bien ficelée.

Les jeux de marionnettes de papier fonctionnent très bien : les autres fraises y sont représentées, ainsi que Berger, très inspiré de l’Etrange Noël de Monsieur Jack, et nos deux héroïnes. Les sonorités et chants sont choisis à merveille et nous entrainent en musique dans l’univers spatial de ces deux inséparables. Les enfants sont mis à contribution pendant le spectacle, ce qui créé un lien de connivence avec les comédiennes. On traverse avec joie les mésaventures d’une Fraise rebelle interprétée avec brio par Ambre, et d’un Mouton pataud mais attachant campé par Gayane.

Ces deux femmes pleines de talent nous transportent à quelques années-lumière de la Terre avec finesse et douceur ! Un grand merci pour la très belle introduction qui permet aux enfants de comprendre que le théâtre n’est qu’une histoire, mais que l’histoire peut être le théâtre…

Petits et grands, venez voyager à la conquête du football étoilé.

Morgane CALMES

Léviathan, le cri du ventre.

Léviathan, le cri du ventre.

Crédit photo : Emilie Bouyssou

Les jours impairs à 14h50 au Théâtre Artéphile.

A deux voix, Léviathan projette, et projette fort ! Ce texte porté sans tabou nous parle crûment de viols et de violences. Cassandre, fille de Priam et d’Hécube, se fait porte parole de cette déchirure intérieure. Elle nous parle des guerres, de La Guerre. Une guerre interne entre silence et chaos, quand la gorge ne laisse pas sortir le venin de la haine. Cassandre nous parle à nous spectateurs, à “Toi qui a vécu la guerre à l’intérieur de ton corps. Toi qui a dû reconstruire.” Accompagnée de musique et de chant, c’est avec onirisme qu’on se sent percuté de plein fouet par l’horreur de la haine.

Gwendoline DESTREMAU s’illustre encore une fois avec un magnifique texte poignant de vérité. Clara KOSKAS interprète avec brio ce rôle sanglant de témoin. On voit son corps se transformer sous nos yeux tantôt en un amas fragile d’os et de chair, tantôt en une puissance quasi animale. Ariane ISSARTEL au violoncelle perce et transperce la scène de notes harmonieuses et grinçantes. Sa musique et sa voix nous caressent et nous portent au-delà des frontières du réel, dans un rêve sous marin où chacun peine à respirer. Car en effet ce texte est si percutant que le cœur du spectateur est mis à rude épreuve. Une performance théâtrale et musicale qui fait frémir nos âmes dans un brasier de mots.

“Il n’y a rien à voler au fond de nos ventres”.

Cette pièce lyrique à le mérite de porter un message clair : la violence n’est acceptable que si on se tait. Tout réside en effet dans la parole ou le non-dit, dans la peur ou le courage, dans la résolution de la violence par la violence. “Laissons sortir de nous les chiennes enragées” : une supplication lourde de sens quand le travail de guérison passe notamment par la parole. Lorsqu’un “non” n’ose pas être dit à temps, alors le “non” prend une toute autre place au tréfonds des corps ravagés.

La création lumière de Titiane BARTHEL est un véritable travail d’orfèvre qui sublime les corps et donne vie aux esprits. Un grand bravo pour cette mise en lumière de la fragilité et de l’intensité au féminin.

Nullement besoin d’être devin pour prédire une longue vie à cette œuvre. Une véritable satire contemporaine qui, à travers le mythe de Cassandre, nous questionne sur la notion de reconstruction, de pardon, d’écoute et d’empathie. Si la vie est une croyance, alors croyons en un monde de paix où le sexe n’a pas à être une violente notion de pouvoir.

TW : violences sexuelles abordées

                                                                                                                                             Morgane CALMES

Huis Clos, un musical d’enfer !

Huis Clos, un musical d’enfer !

Crédit photo : Camille Simon

Quand Sartre rencontre la musique, le mélange est flamboyant.

Inès, Estelle et Garcin se retrouvent tous les trois en enfer. Il n’y a ni bourreau, ni torture, hormis leur présence mutuelle. Ils vont découvrir que passer l’éternité ensemble se révèle être leur véritable sentence. Introspection, violence et regrets sont les nouveaux mots d’ordre des protagonistes. Rester ensemble pour toujours, face à sa propre culpabilité. Huis Clos est une pièce très montée au théâtre, mais je ne l’avais encore jamais vue sous forme de comédie musicale.

C’est le parti pris de La Compagnie l’Œuf ou l’Humain, qui décide de mélanger les genres, dans tous les sens du terme. On découvre Garcin, campé par Pauline Auriol, Estelle par Pierre-Louis Sémézis, et Inès par Axel Prioton-Alcala. Ils sont tous les trois accompagnés par Valentin Santes à la guitare et différents instruments. Des chansons écrites et interprétées avec goût, une version rock de l’œuvre sartrienne.

On découvre l’univers musical de chaque comédien pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Un grand bravo à Axel Prioton-Alcala qui est glaçant dans cette version d’Inès.

On sent une très grande sensibilité chez ce comédien, et une force sans demi-mesure. Une mise en scène sans prétention, et une scénographie très épurée, qui laissent aux protagonistes tout l’espace pour faire vivre cet enfer.

J’ai été très émue lors des saluts. J’ai senti une grande sincérité et une belle connivence de troupe entre les quatre comédiens. On les découvrait fragiles et humbles, alors que quelques minutes avant ils se déchiraient sur scène. Ils étaient tout simplement beaux dans leur dépouillement. Pour moi, un spectacle ne s’arrête pas à la dernière phrase du texte. L’expérience du spectateur se prolonge jusqu’au dernier moment. Le comédien s’emporte parfois dans l’euphorie de l’après, galvanisé d’applaudissements il perd parfois pied et ne touche plus terre. Ici j’ai vu quatre humains, conscients de leur chance et de leur plaisir de jouer et de rencontrer les spectateurs : et ça fait plaisir.

Un spectacle que vous pourrez retrouver bientôt sur Paris ! 1h15 de chant et de musique, sur une œuvre incontournable du théâtre : foncez.

Morgane CALMES

Méduses, le renversement d’un monde.

Méduses, le renversement d’un monde.

Crédit photo : Suzanne Mairesse

Quand les eaux translucides se ternissent et nous plongent dans les abîmes de la noirceur humaine.

C’était une soirée d’automne, ou peut-être de printemps, quand je me suis assise sur le siège du théâtre Athénée. Cette soirée d’automne, ou peut-être de printemps a très bien commencé car j’ai découvert Papillon, une jeune nageuse de 14 ans, presque 15, pleine d’ambition et de rêves. Puis le monde s’effondre sous nos pieds, Papillon disparaît dans la chambre d’un Ibis, couchée sur cette moquette, et devient Méduse. On suit le parcours de cette jeune femme, mais également d’autres victimes du mot en “V”, au cours d’une thérapie à laquelle nous prenons tous un peu part.

Mélie Néel est bouleversante de force et de sincérité. Mise en scène par Noémie Schreiber et Cécile Roqué Alsina, elle se dévoile peu à peu et laisse place à une femme puissante et touchante. Mélie campe plusieurs personnages avec habileté, ce qui nous laisse quelques bulles de respiration. Un sujet compliqué à traiter qui nous transporte dans l’intimité glaçante de ce mot qui fait peur. Comment continuer à vivre après un tel traumatisme? Comment vivre “avec” alors que les agresseurs sont rarement condamnés et que justice n’est pas faite?

Une histoire racontée avec délicatesse, au détour d’un bassin ou d’une grande surface.

Méduses est une très jolie création autour du viol et de la vie après. On découvre la réalité des procédures administratives, des groupes de parole, de la culpabilité, des envies d’en finir et ce en toute transparence. On prend également conscience du rôle des familles et de l’entourage dans ce fragment de vie qui est un véritable tournant interne. L’écriture est très bien travaillée, avec beaucoup de poésie et de lyrisme. Les mots sont soignés et choisis avec soin. Un texte mélodique de Mélie Néel, qui coule dans nos oreilles. Une très grande comédienne, mais également une belle dramaturge que vous devez absolument découvrir.

Avertissements : cette pièce pourrait ne pas vous convenir si vous venez de vivre un événement similaire et si vous n’êtes pas prêt.e.

Morgane CALMES

Ceux qui restent

Ceux qui restent

Crédit photo : David Bakhoum

Au Grand Pavois à 12h00 du 7 au 29 juillet 2023

Ceux qui restent, c’est l’histoire d’Annie, atteinte d’une maladie incurable. Son dernier souhait, pouvoir finir ses jours avec dignité. Elle demande alors à son fils Étienne de l’accompagner pour son dernier voyage : la Suisse où la législation autorise le suicide assisté. Comment Etienne va-t-il gérer ce voyage mère fils un peu particulier ?

Un spectacle écrit et mis en scène par Camille Prioul, qui réussit le pari d’éviter tout pathos. Une mise en scène simple et sans superflu, qui laisse aux cinq comédiens l’espace d’interprétation nécessaire à un sujet si lourd. Un jeu très subtil d’Anne De Peufeilhoux qui nous berce de douceur.

J’ai eu l’opportunité d’assister à la première de la pièce. J’ai été agréablement surprise par l’angle avec lequel Camille Prioul a abordé un tel sujet. De vraies questions posées : que deviennent ceux qui restent ? Comment pouvoir accompagner au mieux une personne en fin de vie qui souhaite partir ? Alors que six pays ont déjà légalisé l’euthanasie, où en sommes-nous aujourd’hui en France sur cette question d’éthique ? Une pièce sans jugement, qui retrace l’histoire d’une famille et d’une décision immuable.

Un moment émouvant et poétique, vous pourrez sans hésitation aller voir ou revoir cette pièce !