Huis Clos, un musical d’enfer !

Huis Clos, un musical d’enfer !

Crédit photo : Camille Simon

Quand Sartre rencontre la musique, le mélange est flamboyant.

Inès, Estelle et Garcin se retrouvent tous les trois en enfer. Il n’y a ni bourreau, ni torture, hormis leur présence mutuelle. Ils vont découvrir que passer l’éternité ensemble se révèle être leur véritable sentence. Introspection, violence et regrets sont les nouveaux mots d’ordre des protagonistes. Rester ensemble pour toujours, face à sa propre culpabilité. Huis Clos est une pièce très montée au théâtre, mais je ne l’avais encore jamais vue sous forme de comédie musicale.

C’est le parti pris de La Compagnie l’Œuf ou l’Humain, qui décide de mélanger les genres, dans tous les sens du terme. On découvre Garcin, campé par Pauline Auriol, Estelle par Pierre-Louis Sémézis, et Inès par Axel Prioton-Alcala. Ils sont tous les trois accompagnés par Valentin Santes à la guitare et différents instruments. Des chansons écrites et interprétées avec goût, une version rock de l’œuvre sartrienne.

On découvre l’univers musical de chaque comédien pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Un grand bravo à Axel Prioton-Alcala qui est glaçant dans cette version d’Inès.

On sent une très grande sensibilité chez ce comédien, et une force sans demi-mesure. Une mise en scène sans prétention, et une scénographie très épurée, qui laissent aux protagonistes tout l’espace pour faire vivre cet enfer.

J’ai été très émue lors des saluts. J’ai senti une grande sincérité et une belle connivence de troupe entre les quatre comédiens. On les découvrait fragiles et humbles, alors que quelques minutes avant ils se déchiraient sur scène. Ils étaient tout simplement beaux dans leur dépouillement. Pour moi, un spectacle ne s’arrête pas à la dernière phrase du texte. L’expérience du spectateur se prolonge jusqu’au dernier moment. Le comédien s’emporte parfois dans l’euphorie de l’après, galvanisé d’applaudissements il perd parfois pied et ne touche plus terre. Ici j’ai vu quatre humains, conscients de leur chance et de leur plaisir de jouer et de rencontrer les spectateurs : et ça fait plaisir.

Un spectacle que vous pourrez retrouver bientôt sur Paris ! 1h15 de chant et de musique, sur une œuvre incontournable du théâtre : foncez.

Morgane CALMES

Méduses, le renversement d’un monde.

Méduses, le renversement d’un monde.

Crédit photo : Suzanne Mairesse

Quand les eaux translucides se ternissent et nous plongent dans les abîmes de la noirceur humaine.

C’était une soirée d’automne, ou peut-être de printemps, quand je me suis assise sur le siège du théâtre Athénée. Cette soirée d’automne, ou peut-être de printemps a très bien commencé car j’ai découvert Papillon, une jeune nageuse de 14 ans, presque 15, pleine d’ambition et de rêves. Puis le monde s’effondre sous nos pieds, Papillon disparaît dans la chambre d’un Ibis, couchée sur cette moquette, et devient Méduse. On suit le parcours de cette jeune femme, mais également d’autres victimes du mot en “V”, au cours d’une thérapie à laquelle nous prenons tous un peu part.

Mélie Néel est bouleversante de force et de sincérité. Mise en scène par Noémie Schreiber et Cécile Roqué Alsina, elle se dévoile peu à peu et laisse place à une femme puissante et touchante. Mélie campe plusieurs personnages avec habileté, ce qui nous laisse quelques bulles de respiration. Un sujet compliqué à traiter qui nous transporte dans l’intimité glaçante de ce mot qui fait peur. Comment continuer à vivre après un tel traumatisme? Comment vivre “avec” alors que les agresseurs sont rarement condamnés et que justice n’est pas faite?

Une histoire racontée avec délicatesse, au détour d’un bassin ou d’une grande surface.

Méduses est une très jolie création autour du viol et de la vie après. On découvre la réalité des procédures administratives, des groupes de parole, de la culpabilité, des envies d’en finir et ce en toute transparence. On prend également conscience du rôle des familles et de l’entourage dans ce fragment de vie qui est un véritable tournant interne. L’écriture est très bien travaillée, avec beaucoup de poésie et de lyrisme. Les mots sont soignés et choisis avec soin. Un texte mélodique de Mélie Néel, qui coule dans nos oreilles. Une très grande comédienne, mais également une belle dramaturge que vous devez absolument découvrir.

Avertissements : cette pièce pourrait ne pas vous convenir si vous venez de vivre un événement similaire et si vous n’êtes pas prêt.e.

Morgane CALMES

Ceux qui restent

Ceux qui restent

Crédit photo : David Bakhoum

Au Grand Pavois à 12h00 du 7 au 29 juillet 2023

Ceux qui restent, c’est l’histoire d’Annie, atteinte d’une maladie incurable. Son dernier souhait, pouvoir finir ses jours avec dignité. Elle demande alors à son fils Étienne de l’accompagner pour son dernier voyage : la Suisse où la législation autorise le suicide assisté. Comment Etienne va-t-il gérer ce voyage mère fils un peu particulier ?

Un spectacle écrit et mis en scène par Camille Prioul, qui réussit le pari d’éviter tout pathos. Une mise en scène simple et sans superflu, qui laisse aux cinq comédiens l’espace d’interprétation nécessaire à un sujet si lourd. Un jeu très subtil d’Anne De Peufeilhoux qui nous berce de douceur.

J’ai eu l’opportunité d’assister à la première de la pièce. J’ai été agréablement surprise par l’angle avec lequel Camille Prioul a abordé un tel sujet. De vraies questions posées : que deviennent ceux qui restent ? Comment pouvoir accompagner au mieux une personne en fin de vie qui souhaite partir ? Alors que six pays ont déjà légalisé l’euthanasie, où en sommes-nous aujourd’hui en France sur cette question d’éthique ? Une pièce sans jugement, qui retrace l’histoire d’une famille et d’une décision immuable.

Un moment émouvant et poétique, vous pourrez sans hésitation aller voir ou revoir cette pièce !