Crédit photo : Vahid Amanpour
Une pièce à partir de 14 ans, à La Scala Provence jusqu’au 25 juillet 2026.
Molière écrit trois versions successives du Tartuffe, la première Le Tartuffe ou l’Hypocrite, en 1664, interdite par l’archevêché, la deuxième Le Tartuffe ou l’Imposteur, en 1667 interdite à son tour, et enfin la dernière version qui connaît un grand succès.
Nous avons pu voir la version de 1667, pièce de cinq actes en vers. On y rencontre une famille quelque peu atypique, où Orgon, le père un peu zélé, prend sous son aile Tartuffe dont la fausse dévotion fait illusion. Orgon se fait mener par le bout du nez par ce vil personnage qui ne cherche qu’à le ruiner, courtiser sa femme Elmire, et à annuler les fiançailles sa fille et Valère. Heureusement que toute la maison n’a pas été bernée par ce faquin.
Comme dans beaucoup de pièces de Molière, les servants apportent une dynamique incroyable à la pièce, et sont plus sages que leurs maîtres. Dorine qui voit clair dans le jeu de Tartuffe, réussit petit à petit à échafauder un plan pour démasquer le traître.
A la fin de la pièce, la figure du Roi intervient comme incarnation de l’exécution de la justice.
Cette adaptation brillante de la pièce en bifrontale est portée par le Nouveau Théâtre Populaire. Née en 2009, cette troupe joue dans un jardin du Maine-et-Loire à Fontaine-Guérin. Ils portent la décentralisation du théâtre et créent un manifeste très poétique de neuf principes qui guident le fonctionnement de leur collectif.
Ce manifeste est récité en chaque début de pièce. Cette troupe lutte pour l’accessibilité au théâtre pour toutes et tous, en proposant des tarifs le plus bas possible. C’est en 2020 qu’ils décident pour la première fois de monter une création destinée à sortir du jardin avec la trilogie de pièces de Molière : Le Ciel, la Nuit et la Fête.
J’ai tout simplement adoré cette revisite du Tartuffe. Une mise en scène très efficace, avec peu de décors. Deux portes, l’entrée et la sortie du récit, qui se regardent, qui s’interrogent sur un début et une fin. Elles sont tantôt complices d’espionnage, tantôt porteuses de mauvaises nouvelles. Un immense bravo aux comédiens pour leur précision de jeu. Clin d’œil particulier à Elsa Grzeszczak, la puissante Dorine pour sa présence subjugante. Tout est là : le vers affuté, la brillante mise en espace, les costumes magnifiques de simplicité, l’humour et la finesse du jeu. Un grand bravo à cette troupe unie, percutante et belle, qui nous donne une sacrée leçon de théâtre.
LE spectacle à ne surtout pas manquer !
Morgane CALMES